Cessation définitive d'activité des "Croisières Ardennaises"

La société « Les Croisières Ardennaises » SASU ne sera plus gestionnaire du bateau-restaurant « Le Charlemagne », propriété de la Communauté de communes Ardenne Rives de Meuse, à partir de 2018.

Voici l’explication des raisons ayant amené à ce choix.

La société « Les Croisières Ardennaises » SASU, seule soumissionnaire, a été désignée adjudicataire de la gestion du Charlemagne en mars 2014, pour début d’exploitation au 1er juin 2014. Un premier appel d’offres ayant été clôturé en septembre 2013 après constat d’une absence totale de candidat, ceux qui s’y étaient intéressés ayant des doutes sérieux sur la rentabilité de l’activité sans appui public.

Si le début d’exploitation était annoncé pour le 1er juin 2014, ce n’est que le 25 juillet 2014 que le Charlemagne est arrivé à Givet ; ce n’était alors qu’un « objet flottant », sans titre de navigation, élément indispensable pour devenir un bateau et pouvoir être exploité.

Il a fallu rapidement prendre conscience que les démarches administratives allaient prendre des plombes, l’expert devant certifier l’engin flottant pour que le titre de navigation soit délivré ayant commencé par rester trois semaines à bord pour faire son rapport, dans lequel il y avait, pour un bateau neuf, plus de 100 réserves…

Par ailleurs, hors l’administration, l’objet lui-même inquiétait : le Charlemagne naviguait comme un fer à repasser, avait des gouvernails trop petits, était trop haut sur l’eau ce qui entraînait que ni les hélices, ni le propulseur d’étrave n’étaient suffisamment immergés. L’engin flottant, pourtant neuf, a donc commencé par filer derrière un pousseur au chantier naval en Belgique pour pose d’une dérive, de casquettes au-dessus des hélices et de défenses latérales, puis a reçu 10 tonnes de lest supplémentaire en plaques d’acier, qui ajoutées aux 7 tonnes initiales, ont entraîné que le lest constitue la moitié du poids nu du bateau (17 tonnes de lest pour 34 tonnes de bateau), cet élément annulant les avantages d’un bateau conçu comme léger pour limiter la consommation d’énergie.

Au final le constat a été que le Charlemagne

  • n’était pas correctement conçu pour le projet d’exploitation de la zone concernée, puisque, trop haut et trop carré, son passage dans le tunnel de Ham, que tous les clients veulent voir, nécessite à chaque passage la baisse de 80 cm de l’entièreté du plan d’eau entre les écluses des Trois Fontaines et de Ham, soit l’évacuation de 10.000 mètres cubes d’eau, ce qui, en cas de trafic, peut entraîner de forts retards, la priorité (AST) sur les plaisanciers accordée par arrêté préfectoral ne valant pas sur les autres bateaux professionnels : c’est ainsi qu’une croisière de 2h30 peut être allongée pour durer 4h… ;
  • n’était pas conçu techniquement pour un fleuve à courant, mais plutôt pour un lac ou un canal, tant au niveau des possibilités d’amarrage que de sa forme de coque inadaptée pour les éclusages (pour info au nombre de 12 pour un aller-retour Givet-Fumay !) et ne respectait pas le principe fondamental de la législation européenne sur la sécurité des bateaux à passagers, obligeant qu’un moteur soit secours de l’autre, puisqu’il y avait un couplage entre les moteurs (élément que n’a pas décelé l’organisme certificateur !) faisant en sorte que la mise en défaut de l’un entraînait la mise en défaut de l’autre et la perte de toute propulsion, ce qui est arrivé en présence de passagers !
  • n’était pas correctement construit, le seul (ce qui aurait dû alerter le pouvoir adjudicateur) soumissionnaire du marché, davantage constructeur de châssis de fenêtre que de bateaux, s’étant planté dans son offre, et ayant posé des équipements « plaisance » pour limiter les coûts. Basé à 800 kilomètres de Givet, il n’a d’ailleurs pas assumé la mise en ordre finale du bateau, obligeant la CCARM à prendre le relais, sans quoi le bateau n’aurait jamais navigué.

Sans mon investissement personnel, et celui de mon capitaine, véritable Meusien, le Charlemagne serait resté stationné à bord de la Bohème, précédent naufrage d’un projet de tourisme fluvial dans les Ardennes… Sachant que la CCARM, qui s’est improvisée armateur, devait bien assumer les frais de la mise au point, après avoir validé le travail tant du bureau d’études de faisabilité, que celui du bureau d’études techniques ou encore celui du constructeur…

La saison 2014 a donc été une saison blanche, sans exploitation.
En septembre 2014, il a été décidé que le début d’activité serait pour le 4 avril 2015. Ce qui laissait au service devant délivrer le titre de navigation, le Pôle de la Navigation Intérieure de Douai, le temps de procéder. Ce n’est pourtant que durant la semaine précédant le week-end d’inauguration, 7 mois plus tard, qu’il est venu sur place, relevant d’autres réserves que celles de l’expert, et malgré des corrections faites en urgence, refusa finalement d’accorder le titre… la veille du début de l’activité, pour des irrégularités constatées à distance sur plan qui se sont ensuite avérées inexistantes dans la réalité. L’exploitation a donc commencé par 15 jours de… non exploitation, le titre n’étant délivré finalement que le 17 avril 2015, pour six mois, avant d’être confirmé définitivement, pour 5 ans, la veille de son expiration le 16 octobre de la même année.

Les deux premières saisons ont ensuite demandé une folle énergie pour construire l’offre, démarcher la clientèle, nouer la relation avec les fournisseurs, trouver le personnel ad hoc pour les trois métiers du tourisme, du fluvial et de la restauration, et s’adapter à tous les impondérables tant internes comme les pannes du bateau survenant comme autant de maladies de jeunesse qu’externes liés aux voies navigables : portes d’écluse en panne, crues ou chômages de la Meuse entraînant des interdictions de navigation, avarie sur barrage, ou grève des éclusiers…

Très vite, si la satisfaction de la clientèle a entraîné une restauration d’image de ce bateau, image précédemment écornée par le retard d’un an dû aux péripéties de la construction et de la mise au point largement relayées par la presse, la crédibilité du projet a très vite été mise à mal par le fait que Givet n’avait qu’un seul bateau. Si un hébergeur peut envoyer ses clients à Dinant les yeux fermés, le nombre de bateaux garantissant qu’ils trouvent à coup sûr un départ de croisière, ce n’était pas le cas de Givet, d’où les vacanciers revenaient dépités, le seul bateau présent étant parti pour une demi-journée ou une journée, ne leur laissant aucune possibilité de croisière.

C’est pourquoi l’effort a été fait dès la deuxième année pour acquérir, via une société coopérative, le Naïade, bateau de promenade assurant de rencontrer la demande de la clientèle, le projet évoluant ainsi vers un modèle de beaucoup de petites sociétés en France : bateau-restaurant (pour les repas, les évènements, les voyages longs) + bateau de promenade (pour assurer la présence quotidienne). Sachant que le véritable envol de ce produit est lié à des combinés avec la visite de Charlemont, le concept «citadelle + croisière » faisant ses preuves à Dinant. Mais on sait ce qu’il en est de la mise en place de ces visites, annoncées depuis 2015, et qui ont péniblement démarré tard dans la saison 2017 pour des groupes limités à 18 personnes, sans que soient au départ envisagés ces combinés…

Les deux premières années ont aussi été celles du constat des défauts de conception (non corrigeables, tel la traverse support de châssis en plein devant les yeux des passagers assis ou l’absence de pièce bar, ou corrigeables comme l’absence de protection solaire, la mauvaise acoustique, l’absence de refroidissement des locaux de services etc…) que de réalisation (propulseur d’étrave à la puissance insuffisante, taud se laissant aller, etc…) du Charlemagne, défauts qui ont donné lieu à un programme de corrections pris en charge par le propriétaire, et qui n’est pas encore terminé quatre saisons après son arrivée...

Au bout de deux années d'exploitation, les résultats financiers ne permettaient pas de conclure définitivement qu’il était possible de rentabiliser l’activité en se rémunérant correctement en fonction de l’investissement que l’activité nécessite. Investissement dont l’intensité n’a pas été sans conséquences sur ma vie privée et ma santé. Or, sans action avant le 17/04/2017, il fallait à coup sûr assumer la saison 2017, dernière année du premier triennat, puis le triennat suivant 2018, 2019 et 2020, en assumant le loyer du bateau dont le montant est progressif. La CCARM n’ayant accepté ni de décaler le bail d’un an pour permettre de trancher après une troisième année, ni d’envisager une action sur le montant du loyer, le bail a, par mesure de prudence, été dénoncé.

Le problème fondamental est que l’activité, totalement saisonnière, n’est correctement productive que pendant 5 mois, de mai à septembre, mais nécessite de s’y consacrer toute l’année, à temps plein hors saison, où la saison se gagne, et à double temps plein en saison, les 5 mois d’activité constituant un très long « coup de feu »…

Le 24 juillet 2017, la CCARM a lancé le marché d’attribution de la gérance à partir de 2018. Soucieux pour raison personnelle de prendre du recul vis-à-vis de cette activité pour, au mieux, ne plus y assumer la gérance opérationnelle quotidienne, j’ai pour ma part tenté de trouver un associé futur repreneur pour qu’ensemble nous soumissionnions via ma société, mais aucune des trois personnes crédiblement intéressées n’est allée au bout de la démarche…

Or, comme aucun autre soumissionnaire ne s’était annoncé, j’ai, à 5 minutes de la clôture des offres du 4 septembre à 17h00, déposé une offre, non conforme, dans le but d’entamer un dialogue entre la CCARM, menacée d’être sans gérant pour 2018,  et moi, menacé de ne pouvoir valoriser ni ma société, ni mes actifs. Espérant que le constat de cette deuxième absence totale de soumissionnaire (la troisième n’en ayant récolté qu’un seul) serait propice à faire comprendre que ce projet n’est en aucun cas une aubaine…

Invité au bout d’une réunion de concertation à déposer une proposition finale, j’ai posé les conditions qui me semblaient nécessaires pour pérenniser l’activité tout en vivant décemment, et en me consacrant au développement et à la prospection, rôles fondamentaux, pendant qu’un responsable opérationnel, à recruter, gère le quotidien. Cela au travers d’une société consolidée par l’apport d’un associé finalement trouvé.

Mais là où Namur alloue 280.000 € de dotation financière  à un privé, qui en plus conserve les recettes de l’activité, pour exploiter les Namourettes qu’elle met à sa disposition, Ardenne Rives de Meuse, non seulement n’envisage pas de soutien public à l’exploitation, mais en plus estime déraisonnable de se priver plus d’un an d’un profit direct que constitue une recette de loyer et de se contenter du profit indirect de la venue de 10.000 visiteurs qui découvrent le territoire, en parlent positivement autour d’eux et ont et donnent envie d’y (re)venir…

Mes conditions n’ayant pas été acceptées, et la contre-proposition de la CCARM ne visant visiblement qu’à me concéder le minimum et gagner du temps en 2018, pour trouver une autre solution pour 2019, j’ai décidé de renoncer.

Les conditions pour poursuivre cette expérience ne sont pas réunies… Projet basé sur un outil mal projeté, mal conçu et mal réalisé, il a fallu déployer une énergie démesurée et mobiliser moult compétences acquises dans mes vies professionnelles antérieures pour ne pas conduire à un naufrage annoncé ce projet qui était à construire de toutes pièces, sans référence aucune…

Si le résultat obtenu en termes de qualité est, malgré les conditions particulièrement défavorables, très positif, comme en témoignent la toute grande majorité des avis de la clientèle, le prix personnel à payer pour le mener à bien, pour une rentabilité limitée, ne vaut pas à mes yeux de le poursuivre.

Parfois il faut faire la distinction entre persévérance et obstination…

Merci à toutes celles et tous ceux parmi les élus qui ont compris le contexte de difficulté, ont mesuré les efforts consentis, ont privilégié la réalité au fantasme et se sont montrés soutenants... Ils semblent malheureusement avoir été minoritaires...
Merci aux clients, aux fournisseurs, aux salariés et aux partenaires qui ont été parties prenantes de ce projet.

Pour l'avenir, merci de vous adresser à president@ardennerivesdemeuse.com